La grâce, une entreprise de démolition ?

Oui, il devra se passer bien des choses, et tout à fait en dehors de notre bonne volonté ou de notre générosité naturelle. 

Ce retournement n'implique pas seulement que
nous soyons intérieurement blessés, mais encore que nous soyons intérieurement ébranlés jusque dans nos fondements. Qu'il y aura peut-être de la casse et des morceaux. Que quelque chose en nous doive s'effondrer.

 


Comme un bâtiment en béton auquel nous aurions travaillé depuis des années avec un soin exemplaire, et qui, à un moment donné, n'a plus fonctionné que comme un bouclier contre notre moi le plus profond, et contre les autres, courant ainsi le risque de nous protéger contre la grâce de Dieu elle-même.

Cet écroulement n'est qu'un commencement, mais déjà plein d'espérance, Il ne faudra surtout pas essayer de rebâtir ce que la grâce a démoli. C'est là encore quelque chose que nous devons apprendre, car la tentation est toujours grande de monter quelque échafaudage devant la façade branlante et de se remettre au travail.

Nous devons apprendre à demeurer auprès de nos
ruines, à nous asseoir dans les décombres, sans amertume. sans nous adresser de reproches et aussi sans accuser Dieu. Il nous faudra nous appuyer contre ces murs en ruine, pleins d'espérance et d'abandon, avec la confiance d'un enfant qui rêve que son père raccommodera le tout. Car il sait, lui, comment tout peut être rebâti autrement, bien mieux qu'avant.

Tout comme le fils prodigue pour qui tant de choses étaient en lambeaux : son argent, son honneur, son coeur ; lui qui avait perdu tout ce qu'il pouvait encore attendre des créatures, et qui cependant, plein de confiance, prit la résolution de retourner chez son père. D'avance, il sentait qu'en plus de serviteur qu'il espérait devenir, il pourrait encore rester le fils. Celui qui a été fils une fois, le reste pour toujours. Au moment même où le fils perdu se réconcilie avec ses décombres, il est déjà chez lui, à la maison auprès de son père. Au contraire. celui qui lutte contre ses propres décombres, lutte encore contre son père et son Dieu ; il reste encore et toujours exposé à la colère: il n'est pas encore capable de reconnaître l'amour. 

Mais celui qui s'abandonne au point de se
réjouir et de demeurer content de sa propre misère, celui-là s'est déjà rendu à l'amour libérateur. « Demeurer dans la conversion », nous ne le pouvons que grâce à Jésus, mis en route et fortifiés par l'Esprit de Dieu. En nous va se réaliser ce qui arriva à Jésus dans le mystère de sa mort et de sa Résurrection .

André Louf

 

 




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Date: 20/06/2010
Titre: La grâce, une entrerise de démolition ?
Nom ou Pseudo: alba
Email:
Pays: France Sainte Lucie
reaction: Bonjour,

Cette manière d'aborder l'espérance de l'évangile me touche profondément.

Ce n'est pas le triomphalisme de "L'évangile de la prospérité" à l'américaine, on est pas dans la proclamation abusive d'un message de victoire à bas prix !

Ici, la grâce est respectée dans son exigence et aussi dans son aridité : pas de faux-semblants, pas de poudre aux yeux... André Louf, ce grand mystique "tout simple" nous remet à notre place en douceur.

Merci pour ce Paraboles.net qui continue à oser, envers et contre tout !

Alba

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Date: 23/06/2010
Titre: La grâce, une entrerise de démolition ?
Nom ou Pseudo: nabelle
Email:
Pays: Francophonie
reaction: s'assoir et accepter sa propre ruine !! but ultime, s'il en est, et en même temps, chemin d'une vie entière bien dès fois ! quoi de plus déstabilisant que de s'assoir dans ses propres ruines en attendant un signe, une main ??... les passants vous jetteront des jugements, des pointes bien acides, voire des cailloux ! et pourtant, il y a du bon dans cette attitude, dit aussi "lâcher prise" ... le fils prodigue ?? parabole qui prête bien à confusion parfois ... le fils n'est pas revenu dans une attitude de regret, dans le sens culpabilité. il revient après avoir vécu la séparation pour devenir lui-même, séparé de son père, afin de pouvoir le reconnaître. et c'est parce que lui le reconnaît enfin, que son père peut à nouveau l'accueillir en fils et "prince", qu'il est devenu.

"la grâce, une entreprise de démolition" ? je trouve que ces deux mots ne vont pas ensemble ! Dieu (si on l'inclue dans la grâce) ne démolit pas à mon sens. j'utiliserai plutôt ceci : "la grâce, une entreprise de déconstruction".

Anabelle








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