« Le croyant ? Un zombie archaïque. » Jean-Claude Guillebaud.

C'est là, dans cette reconquête d'un langage intelligible, que se joue probablement l'avenir du christianisme. 

Pour le reste, le doute m'habite et je ne récite le Credo que du bout des lèvres. J'ai du mal à articuler certaines phrases dont je ne comprends pas vraiment le sens : « Ressuscité d'entre les morts », par exemple, ou « Notre Père qui êtes aux cieux ». Qu'est-ce que cela veut dire, « les cieux » ? Si le texte de l'Evangile me paraît lumineux, la phraséologie de nos messes me reste opaque. La célébration de l'office dans la langue de tous les jours n'a fait que rendre plus explicite encore cette perplexité. Notre envie de comprendre n'est plus anesthésiée par la douce et indéchiffrable musique du latin. C'est en français que le prêtre nous parle. Mais alors ? Devrais-je renoncer une fois pour toutes à me poser ces questions de sens ? La vraie foi est-elle à ce prix ? J'ai du mal à m'y résoudre. Je me sens trop fils des Lumières, de la raison, de la modernité pour simplement répéter les formulations dont le sens m'échappe. Charles Péguy lui-même ne refusait-il pas de réciter certains passages du Credo dont le sens lui échappait ? Ces tourments intimes ne sont pas anodins. Ils sont répandus. Je suis sûr qu'ils habitent bien plus de chrétiens qu'on ne le croit. Comment sauter le pas si la raison se cabre ? Comment se joindre à une prière commune sans adhérer explicitement à ce qu'elle dit ?

Alors j'hésite, je marmonne, je triche. Je n'en suis pas fier. Dans ces moments, je me sens partagé entre une envie de croire et un refus d'articuler ce qui, à l'évidence, ne me parle pas. Ou plus. Est-il imaginable d'arriver à surmonter ces problèmes de forme, de syntaxe, d'intelligibilité ? A cette question, j'ai quelquefois l'impression de trouver la réponse. Ou presque. Je me dis que ces mêmes formules dont l'obscurité m'arrête sont sans doute porteuses d'un sens caché dont, sans le savoir, nous sommes les transmetteurs. Peut-être réclame-t-il que nous grattions la surface des mots, que nous enlevions une à une les concrétions sémantiques accumulées au cours des siècles. Si le message est vivant, alors il doit pouvoir être relu et déchiffré par les hommes et les femmes d'aujourd'hui, avec les mots, la sensibilité et les connaissances de leur époque.

Sources : La vie

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