« Le Christ a eu des rapports sexués mais pas sexuels »

Le Christ a-t-il eu une vie sexuelle ? Le plus grand spécialiste contemporain décrypte pour La Vie ce que les évangélistes en disent. Et ce que la théologie de l'incarnation permet d'imaginer…

Interview de Bernard Sesboüe, professeur de théologie aux facultés jésuites de Paris. Il vient de publier Le Da Vinci Code expliqué à ses lecteurs, Seuil, 2006.

 

 

La vie, 11mai 2006

Le roman Da Vinci Code tire son succès d'une intrigue autour de la descendance du Christ, qui se serait marié et aurait eu des enfants. Que dites-vous de l'existence de ce Jésus sexuellement actif ?

Cette histoire de couple entre Jésus et Marie Madeleine a troublé plus d'un croyant. Mais elle ne tient pas debout. Aucun élément dans les Evangiles ne laissent envisager une chose pareille. En réalité, la Marie Madeleine en cause est une construction ultérieure, l'amalgame de trois figures de femmes présentes dans les Evangiles : Marie de Magdala ou Marie Madeleine, Marie de Béthanie, et la femme pécheresse, c'est-à-dire une prostituée repentie, qui vient chez Simon se jeter aux pieds de Jésus. On a identifié Marie de Magdala a cette pécheresse parce qu'il est dit que Jésus a chassé d'elle sept démons. Or l'expulsion des démons dans les Evangiles est plutôt liée symboliquement à des guérisons. Marie de Béthanie a fait les mêmes gestes que la pécheresse en venant oindre les pieds de Jésus avec du parfum. Dire que Jésus était l'amant de Marie Madeleine (mais alors, de laquelle des trois ?) est une pure projection, typique de l'obsession moderne face à la sexualité. On en vient à ne plus pouvoir admettre qu'un homme ait vécu sans relations sexuelles. Pourtant le célibat, choisit ou forcé, est une condition humaine largement partagée. Le projet de Brown est de nier la transcendance du Christ, d'en faire un monsieur Tout le monde. Il insinue que Jésus est plus « proche » de nous s'il a eu une femme et des enfants et qu'il ne pourrait avoir connu la totalité de l'expérience humaine sans être passé par là.

Qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que Jésus n'a pas été marié, qu'il n'a pas connu de femme ?  


Si Jésus avait eu une femme et des enfants, je ne crois pas que cette réalité ait pu être cachée, comme le dit Dan Brown. Les Evangiles en auraient fait état. Car ils nous montrent un Jésus libre de tout tabou face aux femmes. Il se laisse toucher par elles : par la femme pécheresse chez Simon, mais aussi par une femme qui a un flux de sang menstruel. Il dialogue avec la femme adultère et avec la Samaritaine, qui a eu beaucoup de maris, ce qui étonne d'ailleurs ses disciples, nous dit le texte. Jésus a manifesté une affectivité saine, il a aimé avec prédilection pour certains hommes et certaines femmes. Que l'on pense à Lazare, au jeune homme riche et au disciple bien-aimé. Il a éprouvé aussi de l'affection pour ces trois femmes. Jésus avait des rapports sexués avec les gens, bien que non sexuels. Et d'après les textes, il est célibataire.


Quels autres arguments avancez-vous ?


Quelque chose ne sonne pas juste dans l'idée que ce prêcheur itinérant aurait été marié et père de famille. La relation de Jésus à son Père est tellement forte qu'elle ne pouvait laisser place à une relation conjugale. On voit mal comment il aurait assumé un engagement avec une femme et assumé la responsabilité d'élever des enfants… L'élément le plus convainquant est que Jésus parle lui-même de sa virginité. Dans l'Evangile de Matthieu (19,12), il reprend à son compte le quolibet d'« eunuque », terme particulièrement cru et dont on peu penser qu'il avait été lancé injurieusement contre lui. Il répond alors : il y a des eunuques de naissance, des eunuques qui se sont automutilés, et ceux qui se sont rendu eunuques «  à cause du Royaume des cieux  ». Et il termine en disant : «  Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne !  ». Autrement dit : il ne s'agit pas de ce que vous pensez spontanément. Il n'était pas bien vu de ne pas être marié pour un homme juif et il était déjà difficile pour ses contemporains de comprendre de quoi il s'agissait.

Selon le dogme de l'Incarnation, Dieu s'est fait homme en Jésus. N'est-il pas contradictoire que cet homme n'ait pas connu le désir sexuel, qui tient une très grande place dans la vie humaine ? D'autant plus que Jésus connaît la fatigue, la faim, la soif…

Dans le désir sexuel que nous éprouvons, nous sommes toujours dépendants du désordre de nos désirs et de nos pulsions que nous ne maîtrisons pas, lié au péché originel. Le Christ n'a pas connu le péché. La pulsion sexuelle qu'il aurait pu éprouver est donc très différente de la notre. Elle n'est pas représentable. Elle est de l'ordre de l'éros de Dieu, cette réalité que Benoît XVI a rappelée dans son encyclique. Dieu est agapè , don d'amour absolu et généreux. Mais il est aussi éros , c'est à dire qu'il est habité de cette force vitale qui lui a fait désirer de créer l'homme et de le faire communier à sa vie. La tradition chrétienne reste totalement silencieuse au sujet de la sexualité du Christ. Nous sommes ici renvoyé au mystère de l'humanité du Christ. Sa pleine incarnation doit-elle impliquer qu'il ait fait toutes les expériences que peut faire un homme dans son existence ? Pas nécessairement, car aucun homme ne peut les faire toutes à la fois. Saint Irénée, par exemple, pensait que le Christ devait avoir vécu les principaux âges de la vie, il a donc spéculé pour affirmer qu'il avait vécu 50 ans – c'est-à-dire assez vieux pour l'époque. Mais il se trompait. Certes, le Christ a ressenti les émotions humaines, comme la colère (face aux marchants du Temple) ou le chagrin (lors de la mort de son ami Lazare). Il a connu la faim, la soif, la fatigue, le sommeil. Mais les Evangiles ne nous disent pas que Jésus a connu la maladie, ni non plus qu'il a ri. Ce sont les Evangiles apocryphes qui comblent les « trous » des textes évangéliques et qui en rajoutent dans le domaine de l'anecdote. Je crois que nous devons accepter le silences des Evangiles sur l'existence du désir sexuel du Christ.

Jésus a-t-il sublimé
son désir sexuel, notamment quand il dit : « Ceci est mon corps », au moment de l'institution de la Cène ?


Je préfère ici parler d'une symbolique nuptiale. Le don total du Christ à travers son corps signifie que Jésus est l'époux de son Eglise. De même que dans l'Ancien Testament, Dieu est l'époux de son peuple. Cette symbolique nuptiale reprend le langage de l'amour le plus fort qui soit entre êtres humains.

Certains disent que les chrétiens font l'impasse sur la dimension sexuelle de Jésus parce qu'ils sont eux-mêmes des refoulés sexuels et qu'ils ont un problème avec le sexe. Et ils citent les Pères de l'Eglise à ce sujet.

Il est vrai que les Pères de l'Eglise ont une approche plutôt sévère de la sexualité. Mais il ne faut pas oublier que plusieurs d'entre eux, Grégoire de Nysse par exemple, étaient mariés. En tout état de cause, l'Eglise chrétienne n'a jamais méprisé le mariage et a refusé l'ascétisme extrême des encratites, une secte du IIe siècle qui refusait tout acte sexuel. Elle a toujours désavoué ceux qui méprisaient le mariage et prétendaient vivre une spiritualité hors de toute contingence sexuelle. Le célibat est une autre manière d'assumer la sexualité.

Propos recueillis par Jean Mercier.
La vie, 11mai 2006
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Date: 17/07/2010
Titre: Le Christ sexué ?
Nom ou Pseudo: Henri-Golan
Email: paixsansfrontiere@msn.com
Pays: France
reaction: JESUS-CHRIST
a pris un corps comme le notre, mais la Bible nous dit déja que sa conception fut différente; lors donc, on peut penser qu'il n'est pas venu sur terre afin de procréer. Il faut aussi dans ceztte analyse inclure qu'Il a la nature Humaine, m^me étant Réssuscité, mais Il est toujours de Nature divine. La-dessus, on peut conter n'importe quoi, mais ce ne sera pas dans la Parole de DIEU. Beaucoup de croyances circulent que la Bible ne mentionne pas. Evidement, j'étais étudiant et, on interdisait la lecture de la Bible dans les écioles catholiques. Partant de là, on peut inventer ce qui peut plaire aux pseudo-fidèles, mais ce n'est pas la foi!








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