Eglises repères,
ou églises repaires ?

L'Eglise, et les chrétiens qui la composent, ont souvent eu, par le passé, une parole pertinente dans la société en devenir. L'Eglise avait en son sein des hommes visionnaires, avant-gardistes, audacieux, prêts à mettre leurs convictions en oeuvre au service de tous en cherchant à changer la société - et pas toujours en voulant l'évangéliser coûte que coûte, mais en voulant simplement l'humaniser. Aujourd'hui, l'Eglise a perdu ses convictions et ses prophètes.

Ceux qui la composent croient toujours en certaines valeurs, mais ils ne partagent plus l'esprit de solidarité humaine. Ils sont comme des collectionneurs de timbres qui se retrouvent entre eux pour des échanges et des partages, mais qui ne sortent plus de leur club. Eux, ils collectionnent quelques principes et quelques vertus. Ils se retrouvent ensemble pour en parler et s'extasier entre eux de vieilles pièces de collections qu'ils ont pu sauver du monde perdu.

C'est en cela que l'Eglise est devenu repaire où les chrétiens se repèrent pour se réfugier.

Il faut retrouver non pas les convictions chrétiennes mais ce qui les a motivé. Dans le meilleur des cas, les convictions sont des architectures intellectuelles et émotionnelles construites sur les bases fondamentales que propose l'Evangile. Le problème est que les chrétiens ont réduit le terme fondation à son sens premier. Le propre d'une fondation est d'être fixée et figée en terre. Plus une fondation est solide, moins ce qui la surmonte bouge. Qu'importe ce qui s'élève dessus - et qui peut être n'importe quoi dans n'importe quel style - la fondation est immuable.

Or, ce qui fonde le christianisme est une vérité qui ne cesse d'être en mouvement pour demeurer vraie à toutes les époques et dans toutes les cultures. Les chrétiens ne doivent pas se figer dans des règles et des attitudes, ils doivent sans cesse être en mouvement, s'adapter à l'environnement pour y apporter sens. C'est la vocation d'un peuple nomade, passager dans le temps de tous. Dès qu'il se fixe, il construit un système de pensée et de vie ; il s'immobilise surtout et perd sa pertinence en même temps que sa mission.

Fort des vérités évangéliques, le chrétien avance et voyage, rencontre et traverse. Le Christ ne s'est jamais fixé en un lieu en encourageant le peuple à venir le rencontrer là, comme aiment à le faire les gourous de toute sorte. Le Christ est un itinérant et même lorsqu'on le fixe en croix et qu'on l'enferme dans un tombeau, il n'y reste pas. Il poursuit sa route et envoie ses disciples jusqu'aux extrémités de la terre.

Pour que l'Eglise redevienne pertinente et repère, elle doit éviter de s'installer dans des certitudes humaines et saisir le paradoxe : un repère n'est pas nécessairement un point fixe !

Eric Denimal

 

     


Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Eglises repères ou églises repaires
Nom ou Pseudo : laurence
Pays : France

Réaction : Avec beaucoup de respect, j'aimerais tirer une sonnette d'alarme... Souvenez-vous d'Obélix qui était tombé dans la marmite de potion magique quand il était petit. Je pense qu'en tant que chrétien on peut aussi tomber dans la marmite du conformisme,du légalisme...Il y a aussi la marmite de l'intolérence (plutôt amère),celle de l'indifférence(incipide !) Moi aussi, pendant des années j'ai"mariné" dans une de ces marmites mais aujourd'hui, je suis bien contente d'en être sortie !
J'ai aussi rencontré pas mal de ces bons chrétiens authentiques mais ils avaient plutôt l'air "amidonnés" et complétement étriqués dans leurs réponses toutes faites à coups de versets bibliques. Moi, j'aime ce Dieu avec qui je me sens bien et de plus en plus libre. Je respecte profondément Dieu et Lui aussi me respecte dans ce que je suis. Il m'apprend aussi à respecter les autres et à les comprendre, à les accueillir tels qu'ils sont en les jugeant de moins en moins. En tout cas, moi j'ai choisi : je ne veux pas rester"Obélix" ni restée"coincée"dans la marmite des milieux trop conformistes et à pensée unique...

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Eglises repères ou églises repaires
Nom ou Pseudo : Magui
Pays : Belgique

Réaction : Bonjour Laurence,
(mon vrai nom est Marguerite)
je trouve ta soupe bien amère, au sujet de ton regard sur les chrétiens, celà me rappelle une autre histoire biblique cette fois :

" Un jour, alors que la famine régnait dans le pays, Élisée était revenu au Guilgal et avait réuni le groupe de prophètes autour de lui. Il ordonna à son serviteur: Mets la grande marmite sur le feu et prépare-nous une soupe."

l'idée était bonne, les gens aiment bien se réunir autour d'un bon repas....

"Alors un membre du groupe s'en alla dans les champs pour chercher des herbes; il trouva une sorte de vigne sauvage, sur laquelle il cueillit des fruits ressemblant à de petites courges; il en remplit la poche de son vêtement et, à son retour, il les coupa en morceaux et les mit dans la marmite; personne ne savait ce que c'était."
Il y a toujours quelqu'un qui se détache du groupe fraternel, pour emmener des ingrédients néfastes je me souviens de charmantes chrétiennes très souriantes, qui venait vers moi,pour m'envoyer des flèches empoissonnées, au début j'étais désorientée, et puis je les ai évitées, et puis ignorées, et je m'en suis bien portée, car elles ont compris à la longue qu'il valait mieux pour elles d'avoir des paroles de grâce qui édifie l'âme, ) (qu'animosités, jalousies, colères,critiques, etc....) c'est drôle mais ce sont des ingrédients qui se mélangent assez rapidement et facilement.et qui empoisonne toute la soupe. bien sûr si on savait ce que c'était on n'en mangerait pas, mais on se laisse prendre par l'air ambiant, après tout pourquoi pas ? On est tellement confiant que l'on ne s'aperçoit pas que l'on mange le bon et le mauvais.

"Mais lorsqu'on servit cette soupe aux hommes, ils la goûtèrent et se mirent aussitôt à crier: La soupe est empoisonnée, prophète de Dieu! En effet, personne ne pouvait la manger."

Tout devient indigeste, le pasteur, les frères, nous mêmes,et le monde entier.

"Alors Élisée ordonna d'apporter de la farine; il en mit dans la soupe, puis dit à son serviteur: Sers-en à ces gens et qu'ils mangent! Or le contenu de la marmite était devenu tout à fait mangeable."
Que dire de cette farine, sûrement la Parole de Dieu agrémentée de l'Esprit d'amour du Père et du fils ?

" A cette même époque, un homme arriva de Baal-Chalicha; il apportait au prophète vingt pains d'orge, faits de farine nouvelle, et un sac de grain qu'il venait de récolter. Élisée dit à son serviteur de partager ces vivres entre tous,"

Tiens celà me rappelle une autre histoire !....enfin du pain frain ! pas un quignon dur et rassi... j'adooore !

" mais le serviteur répondit: Comment pourrais-je nourrir cent personnes avec cela? "
Ah cet ingrédient d'incrédulité ! il est toujours le même , et je crois que nous l'avons tous en chacun de nous.

—"Partage ces vivres entre tous, reprit Élisée, car voici ce que déclare le Seigneur: Chacun aura assez à manger, et il y aura même des restes." Tiens et si c'était vrai, je me jette dans les bras de la foi....
Seigneur merci pour ta Parole elle est esprit et vie... et nous purifie...
La notion de partage,du don de soi, d'humilité pour prendre aussi ce que l'autre à de meilleurs à nous offrir. j'ai souvent constaté que lorsque nous faisions un bon repas fraternel il en reste et tous nous sommes rasassiés," Il mit alors les pains devant eux; et ils mangèrent et en eurent de reste,
selon la parole de l'Eternel."

(même ceux qui n'avaient rien emmené, il suffit de donner le peu que l'on a et tout est multiplié.)

Rassures-toi pour aller dans ton sens, j'ai aussi apporté dans la soupe, des denrhées que quelques frères m'avaient passés... et j'ai moi aussi trouvé la soupe amère. Et puis un jour tout a changé, le jour ou j'ai considéré, ma participation à la préparation de la soupe, j'étais responsable moi aussi de ce que j'y
mettais dedans.

Je reconnais toutefois que parfois la farine n'est pas assez tamisée, digérée, et qu'on peut se dire qu'ailleurs la soupe est bien meilleure. (ce qui est parfois vrai). L'important c'est d'être là ou la soupe est la meilleure pour nous.et où on peut mettre son petit grain de sel. Parce que j'ai constaté, que partout ou nous nous nous trouvions il était important de mettre dans cette soupe, assez de sel pour qu'elle soit bien
assaisonnée, sans trop (il vaut mieux en mon sens en rajouter, s'il en manque, de bons légumes frais ,(car autrement ils perdent toutes leurs vitamines),et variés, (ce qui fait la disparité)(dominant dominé)Je penses aussi à ceux qui dirigent tout qui planifient tout et qui ne tiennent aucun compte des petits légumes dont nous sommes)(Ah si seulement ils savaient ?....) de bien mélanger le tout, en faisant cuire, la saveur d'une bonne soupe c'est ce mélangé délicat et subtil qui donne la perception d'un petit goût
qui rehausse (mettons un brin de céleri, un petit peu de persil,une épice orientale, ) de la bonne eau claire et limpide qui coule et aide à faire passer tout celà. Malheureusement souvent je constate que les bonnes soupes sont souvent en voies de disparition, parce que les légumes, ne sont pas frais,parce que ce
sont les gros légumes qui prennent tout le goût,(j'ai horreur des navets) et parce que le sel y est jeté avec profusion. Ah nous de rechercher des soupes nouvelles aux légumes frais... ou d'en faire nous-mêmes, mais attention de ne pas retomber dans les mêmes travers. parce que j'ai souvent constaté, que tant qu'il y aura des légumes sur la terre il n'y en aura toujours des gros et des petits, des bons et des moins bons, des pourries et des frais... c'est là le mélange et il faut bien trier, racler la peau des carottes, peler les pommes de terres, enlever les vers de terre. bien laver... etc....parce que ce n'est pas ce qui entre dans le coeur de l'homme qui le souille, mais c'est ce qui en sort...

Vous l'avez bien compris, j'aime la soupe avec un tout petit brin d'ail dedans (on dit que ça fait passer les vers)...
Je voudrais simplement rajouter, que je voulais corriger ma première phrase, car en relisant bien ta pensée, j'ai constaté que c'était davantage une constation réaliste,et non une comdamnation.(et j'ai oublié) et je ne peux que rectifier mon erreur.en t'accompagnant dans ta pensée. Que Dieu te bénisse de toute les largesses de son amour....

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Eglises repères ou églises repaires
Nom ou Pseudo : Invitée

Réaction : Salut,

Merci Laurence pour ta franchise et tes convictions. Moi aussi j'ai trop bu dans la marmite j'usqu'à plus soif...

Si le retour à la réalité a été dur, je crois avoir retrouvé aujourd'hui un certain équilibre (l'église m'avait rempli la cervelle avec des anneries à peine croyables !)

J'ai retrouvé avec le temps un sens à ma foi. Cette foi fait de moi aujourd'hui un homme libre. Elle donne aussi du sens à mon existence, à ce que je suis, à mes paroles et mes actes sans que cela soit pour autant un cheval de bataille. L'évangile ne contiens cependant pas tout et est imparfait. Attention là je suis sur un terrain dangereux. Rire... Je veux dire que je peux trouver égalementdu sens à mon existence dans la phylosophie, l'art, par exemple ou dans l'enseignement d'autres religions. Je sais pas si j'aurais le temps de tout connaitre. lol. Je ne pense pas . Quoi que après la mort, si jammais y'a quelque chose, on ne sait pas...Peut-être qu'on ne s'attend pas a trouver le mec qu'on "aime pas"

Enfin voilà, je crois en tout cas qu'il y a une espérance en dehors de l'église. Dieu ne se trouve pas que sous les cloches... A bonne entendeur salut.

Merci encore pour ce petit partage "webique" fort édifiant.
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Réaction sur Paraboles.net
Date : 28-05-2007
Titre de l'article : Eglises repères ou églises repaires
Nom ou Pseudo : Jacqus Cécius
Pays : Francophonie
Email : j.cecius@versateladsl.be
Réaction : Il est vrai que \'Eglise dans le passé, et dans un passé récent, a eut ses visionnaires. Citons en quelques uns : le pasteur et martyr Dietrich Bohoeffer - le docteur-pasteur Albert Schweitzer - le professeur Théodore Monod. Avant eux : les pasteurs Wilfried Monod et Wagner. Et bien avant eux : Pierre Valdo - François d'Assise. Antérieurement: Arius - Jean Huss -Servet - les Socin. Ces derniers furent rejetés par l'Eglise parce qu'ils osaient s'opposer à sa toute puissance, et qu'ils désiraient en revenir à un christianisme "pauvre", proche du petit peuple. Parce qu'ils rejetaient les fastes et les ors de Rome. Aussi parce qu'ils s'interrogeaient quant aux dogmes et aux conciles dont certains avaient été réunis pour des raisons politiques. Je pense à Nicée. L'Eglise de Rome est toujours aussi arrogante, sous le couvert d'une volonté, dont on peut douter, d'oecuménisme.


 








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