Etienne Atger

J'ai 43 ans, je suis marié avec Hélène et père de 3 merveilleuses filles. Je vis dans le sud de la Drôme, à St Paul-Trois-Châteaux.
C'est à partir de ce village que je voyage en Europe et en Afrique, et ce depuis plus de 20 ans.



Etienne, tu étais il y a peu encore Directeur national de Jeunesses en Mission, après y avoir consacré plus de 20 années de ta vie, et aujourd'hui tu as fait le choix de t'orienter vers une autre forme d'action, basée sur la notion de commerce équitable. Peux-tu nous décrire ton parcours et les étapes qui t'ont amenées à vivre cette mutation, ce changement de cap? Mais est-ce vraiment un changement de cap...

Tu fais bien de t'interroger sur le changement de cap. Pour ma part, je ne crois pas avoir pris une nouvelle orientation. C'est plutôt mon outil d'expression qui a changé, mais l'intention de départ qui m'a conduit en 1979 à rejoindre une organisation missionnaire comme Jeunesse en Mission est intacte. En fait, ce sont mes constats effectués sur le terrain, au cours de mes multiples voyages sur le continent africain, qui m'ont poussé à réfléchir à l'impact réel de l'Evangile sur les populations que nous étions sensés servir. En fait, je crois que l'Evangile, en tout cas dans ces contrées, ne peut avoir un impact réel et profond si l'environnement économique et culturel des peuples rencontrés ne sont pas pris d'avantage en considération. Alors, avec quelques amis, eux aussi "missionnaires", nous avons créés Ethnic International dont l'objet est le développement social, culturel et spirituel des populations les plus pauvres par le développement d'entreprises et de micro-entreprises. C'est une aventure naissante qui nous oblige à faire une lecture parfois bien différente de celle dont nous avions l'habitude, des faits et réalités rencontrés.


Tu as écrit un livre sur le thème de la mission, un thème qui te tiens très à cœur...
Quel regard portes-tu aujourd'hui sur la notion de "mission" en général, et sur le thème de l'évangélisation en particulier ?

En tant que chrétien, membre de l'Eglise de Jésus-Christ, nous sommes tous d'une manière ou d'une autre appelés à la mission. C'est en tout cas ce que je crois et que je partage dans mon bouquin "Plaidoyer pour la Mission". D'ailleurs, je pense que si une église n'est pas missionnaire, elle est démissionnaire...Maintenant il faut s'entendre sur ce que l'on veut dire quand on utilise des mots comme mission et comme évangélisation. Si le commandement du Christ est encore et toujours d'actualité, il faut réaliser que la société d'aujourd'hui a beaucoup évolué et que nos pratiques d'hier doivent impérativement évoluer à leur tour et se "contextualiser". Parfois je me demande si nos contemporains ne rejettent pas Dieu à cause de la manière dont nous le leur avons présenté. En fait, si on examine les Ecritures, l'évangélisation commence par ma manière de vivre l'Evangile dans mon quotidien. Mon lieu de travail en particulier, peut devenir un fantastique terrain "d'évangélisation". Aujourd'hui, la "prédication" de l'Evangile ne peut pas faire l'économie de l'incarnation, au risque que notre message passe totalement à côté de notre auditoire. Et puis, c'est un fait de société reconnu, la civilisation émergente, dite Postmoderne, fait preuve d'une faim et d'une soif de spiritualité évidente. Alors on ne peut pas se taire, mais il faut savoir le dire et le vivre autrement pour être entendu...


Comment peut-on entrer aujourd'hui dans une "contextualisation" et une "actualisation "de la présentation de l'évangile à nos contemporains?

C'est une question de fond majeure. Il est risqué de vouloir y répondre en quelques lignes. Mais on peut poser des bases. Le Christ, c'est la Parole de Dieu incarnée. Il s'est totalement "fondu" dans le contexte culturel de son époque et pourtant son style de vie était d'une incroyable limpidité pour communiquer son message. De nos jours, le défi de l'incarnation est devenu, à mon sens, prioritaire. Que ce soit dans notre approche de nos concitoyens ou dans la rencontre d'un peuple du bout du monde, l'Evangile doit être rendu accessible. C'est la culture environnante qui prime, et non pas celle du porteur du message. Il faut alors s'efforcer de comprendre cet environnement, avec ses forces et ses faiblesses, et tout faire pour que notre message soit audible - et pour être entendu, parfois il faut se taire et simplement vivre notre message... Jésus était incroyablement proche des gens qu'il côtoyait, on a même dit de lui qu'il était ivrogne parce qu'il passait son temps avec les gens de mauvaise vie... A vouloir défendre à tout pris une religion on en devient religieux et terriblement distant de ceux qui nous entourent. Il faut se rapprocher, comprendre, aimer, s'adapter, vivre avec, être dans une certaine mesure postmoderne avec les postmodernes, Touareg avec les Touaregs ! Il y a de quoi effrayer une certaine manière d'être chrétien...! Bon, et puis je m'arrête là, car c'est le sujet de mon prochain livre !


David Bosch, théologien sud-africain de renommée internationale, a écrit, entre autres, un ouvrage remarquable sur les perspectives de la mission...
Peux-tu nous résumer les notions importantes de ce livre, et les leçons que tu en as retirées personnellement.

En fait ce livre m'a beaucoup aidé à mieux comprendre certains de mes malaises quant à la vie chrétienne... Il fait un bilan exhaustif de la mission et donc de l'Eglise depuis l'époque du Christ à nos jour. Etonnamment, il fait l'unanimité dans les milieux théologiques protestants comme catholiques. En fait, ce livre est une respectueuse remise en question des écarts de l'Eglise tout au long de son histoire, et en même temps une proposition d'alternative pour être aujourd'hui plus à même de représenter le Christ dans notre monde. Un livre à lire : Dynamique de la Mission Chrétienne aux éditions Khartala.

forum.htm

 

Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Mickael
Pays : France
Email : berly@free.fr

Réaction : Merci à Paraboles.net de mettre cet outil au service de la liberté d'expression. C'est vrai que la parole libère et je sais que pour ma part je me retiens trop souvent.

C'est un peu le témoignage d'Etienne ATGER qui m'a fait réagir. Ca m'a touché. Il place son implication dans le cadre du commerce équitable dans la continuité de son travail de missionnaire. J'interprète ce témoignage comme un désir d'aller plus loin que le simple message que l'on donne. Oui, je suis d'avis également, si c'est ça l'idée d'Etienne, que le témoignage chrétien doit être un témoignage de vie avant tout. Je veux préciser qu'il ne s'agit pas forcément pour un chrétien de sacrifier sa vie professionnelle ou familiale pour exercer de part le monde et l'univers je ne sais quelle formidable mission divine. En effet, je pense que Dieu parle, me parle, peut-être dans mon quotidien et s'exprime au travers de moi malgré tout et
malgré moi. Pas besoin d'être superchretien ou supermissionnaire pour cela. Qui peut prétendre l'être ce super machin truc d'ailleurs ? Peut-être faut-il aussi, ou d'abord je dirais, savoir vivre le message du christ avec notre famille, nos amis, notre église, nos collègues...

Amicalement,

Michaël

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Béatrice
Pays : France

Réaction : Il me semble que nous avons en effet trop souvent la tentation de bâtir l'Eglise à la place de Dieu et de faire de l'évangélisation un devoir moral. Je trouve les chrétiens trop souvent reconnaissables à une façon d'être un peu rigide et forcée plus ou moins bien cachée par un esprit au demeurant serviable et aimant. Pour ma part, je ne parle de Dieu que si on me pose explicitement des questions à ce propos (et s'il y a des questions c'est tant mieux !) . Je me"contente" d'aimer le prochain qu'il m'est donné de rencontrer et de faire confiance au Seigneur dans mon quotidien. Je n'arrive pas toujours à aimer, ma vie n'est pas exempte d'erreurs, mais cela ne m'empêche pas d'avancer...Solution de facilité ? Je ne sais pas, je ne suis sûre de rien mais je suis lassée par les expériences d'années antérieures et j'aspire à une attitude en conformité avec ce que je suis vraiment. A chaque fois que c'est le cas, j'éprouve une grande joie et c'est pour moi un bon indice de l'action du Seigneur dans ma vie... Je ne crois pas aux méthodes d'évangélisation. Je crois que Dieu se sert de l'individualité de chacun pour parler à d'autres individus.Et Dieu merci nous avons tous des qualitésà faire épanouir !
Merci en tout cas pour ces interventions d'excellente qualité.

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Mickaël
Pays : France

Réaction : J'ai apprécié cette réflexion qui est que le comportement de rejet vis à vis de Dieu adopté par certains de nos contemporains, serait peut-être en partie induit directement par l'Eglise elle même que ce soit dans le cadre de la mission ou dans le cadre de l'évangélisation. L'Eglise a donc une responsabilité par rapport à ce rejet.

Pour moi, il ne s'agit pas du problème de l'image ou le message que l'Eglise renvoi mais le problème de l'Eglise elle-même dont je fais partie. En effet, ce rejet est pour moi une conséquence. Quant aux causes, elles sont ailleurs, sous notre nez et cela depuis bien longtemps déjà…

Personnellement,j'ai été évangélisé très tôt... et j'ai fait le choix d'adopter une position de recule vis à vis de l'Eglise depuis plusieurs années. Cela ne concerne pas Dieu mais simplement l'Eglise. Concrètement,
j'en fais partie mais j'ai peur de m'y impliquer. J'ai donc d'autres façons de servir le Seigneur. En effet, l'Eglise est pour moi bien souvent manipulatrice et vampirisant même si je la trouve indispensable. Cette
décision est la conséquence logique des nombreuses agressions dont j'ai été victime de la part de l'Eglise. (je vous demande ici de verser une petite larme…merci) Sous prétexte qu'elle est sacro-sainte, elle se permet parfois bien des choses : je parle de manipulation, d'ingérence outrancière de l'église au sein de la vie de la famille etc... On peut me répondre que je suis un cas isolé mais je pense précisément le contraire.

Je pense donc que l'Eglise peut être violente et rejetante malgré elle que se soit enson sein ou envers l'exterieur. Elle est, plus qu'ailleurs, soumise à de nombreux dangers. En première position je placerai ce foutu prêt à penser, cette orthodoxie, ces vérités bibliques absolus que l'on nous rabâche dans certaines Eglises semaines après semaines. On s'écarte souvent du message fondamental du Christ pour en faire une surenchère de fouillis de vérités sacrées. Et puis, sous prétexte d'être sauvés, à l'inverse des
autres qui ne le sont pas évidemment (inclus certaines autres églises), on va culpabiliser le reste du monde tant qu'on peu jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus. Et tout ça avec l'appui du Seigneur cela va de soit.

Pour revenir à notre sujet, je pense que certains d'entre nous ne faisons même plus partie de l'environnement culturel et social de notre propre pays. Ca a été mon cas. Nous nous en écartons parfois sous le motif d'être dans le monde mais pas du monde ou l'inverse je ne sais plus : C'est précisément le
jugement de l'autre. Quelle crédibilité peut on alors avoir face à nos contemporains ? Tu l'as dit Etienne : Un véritable travail de mission ou même un désir d'évangélisation, c'est à dire de partage de l'évangile, ne
peut se faire que dans le cadre d'un message d'amour vécu avec les autres (famille incluse…), notre prochain de tous les jours. Ou bien dans une autre
Eglise, la mienne mais différente? Bye,

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Alain
Pays : France

Réaction : L'interview d'Etienne Atger a l'avantage de faire réfléchir. Tant mieux. Cependant, j'y trouve, comme souvent en ce moment, cette notion qui voudrait que "si nos contemporains rejettent Dieu, c'est à cause de notre manière de le leur présenter...". Gênant et culpabilisant! Le problème est plus vaste que cela. Autrement, avec toutes les méthodes imaginées pour mieux évangéliser, depuis des décennies, il y a longtemps qu'il serait solutionné! Etienne Atger, comme souvent en ce moment, insiste sur l'incarnation de la foi dans la pâte humaine, ce qui est sûrement une bonne chose, mais le Nouveau Testament qui informe de l'expérience des premiers chrétiens, parlent plutôt de la proclamation du message de l'Evangile. Et c'est bien là ce qu'il nous faut avant tout: témoigner de Dieu. Faire comme Jésus et les disciples: dire au monde - oui avec nos mots - ce qu'il attend inconsciemment de se voir dire, l'amour de Dieu tel qu'il est révélé en Jésus, qui répond aux grandes questions de l'existence et à ce besoin irrépressible d'amour qu'Il a le désir et la capacité d'offrir.

Alain

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Miouchka
Pays : France
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Réaction : Pour répondre à votre intervention, qui est de qualité, je reprendrais vos propres termes : "Autrement, avec toutes les méthodes imaginées pour mieux évangéliser, depuis des décennies, il y a longtemps qu'il serait solutionné!" Ne pensez-vous pas que justement, l'approche fondamentaliste qui consiste à faire "comme dans le livre des actes", comme il y a deux mille ans, souffre aujourd'hui d'un déficit d'efficacité et de résultats ?
Ce sont souvent des "pratiquants de l'évangélisation" comme Etienne Atger (ou moi-même, 15 ans d'évangélisation de rue à raison d'environ 10 heure minimum par semaine) qui soulignent le besoin d'aller plus loin, de dépasser les "méthodes" pour tout mettre à plat et se poser la question : "Comment
prendre en compte l'évolution de la société, des mentalités, des moyens de communications d'aujourd'hui ?" Certes, le coeur de l'homme n'a pas changé, mais le monde si. Et Dieu, "Qui a tant aimé le monde" peut nous montrer comment être autre chose que du sel périmé d'il y a deux mille ans !!!

Mais la reflexion reste ouverte, et la mission "brûlante", j'en suis conscient..............

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Alain
Pays : France

Réaction : Vos réponse et analyse sont stimulantes. Avec vous, je suis d'accord, bien sûr, que notre "proclamation" doive être en phase avec le langage d'aujourd'hui, ou plutôt, dans une société plurielle, avec "les" langages d'aujourd'hui.
Mais cette "proclamation" est déjà "incarnation" de notre foi dans notre société. Elle crée la rencontre. Elle inspire un dialogue. Elle provoque une interrogation. Elle suscite des réactions, parfois des ruptures avec un passé, qui débouche sur un présent en perte de sens. Elle devient "appel" à écouter une autre voix que celle du communicateur. La voix de Celui qui a pris le risque de se voir interdit de parole, comme son fils sera interdit de séjour ici-bas. Notre problème vient, en fait, de notre désir d'avoir du succès. Si ce n'est pas le cas, nous nous disons: il y a un couac, nous devons trouver une autre méthode... Si le monde ne se tourne pas vers Dieu, c'est notre faute... Peut-être que? se dit-on... Essayons le social... Bien sûr, l'action diaconale de l'Eglise est essentielle. Elle atteste de l'authenticité d'une espérance pour le monde. Mais en matière d'évangélisation, nous avons reçu le mandat de dire Dieu autour de nous, avec des mots, faisant en sorte que notre vécu éthique n'infirme pas la vérité de notre communication. Pour le reste, la vie nouvelle pour les autres, nous échappe tout à fait. C'est l'affaire de Dieu. Le succès ou l'insuccès aussi. C'est sans doute bien préférable ainsi!

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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Cactus Riant 
Pays : Belgique
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Réaction : Voilà un débat passionnant ! En fait, vous êtes d'accord, il suffit de creuser un peu pour s'en rendre compte. Comme une barque a besoin de l'action de deux rames pour avancer dans la bonne direction, sinon elle tourne en rond, il nous faut trouver l'équilibre entre la "proclamation", la parole dite et annoncée, et le témoignage par l'action, désintéressé, gratuit, acte d'amour et de compassion sans arrière pensée prosélyte... Car sinon,ne devenons-nous pas des marchands de la grâce, voire même des
commerciaux du Saint-Esprit ?

Ah, Saint Equilibre, priez pour nous !!!


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Date : 20-04-2006
Titre de l'article : Etienne Atger
Nom ou Pseudo : Alain
Pays : France
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Réaction : Et le Saint-Equilibre, qui a le sens de la conciliation, répond:"Pas de problème. Il suffit de dire l'Evangile et de ne pas vous payez de mot... Ainsi vous serez exaucés. Vous voyez, c'est pas compliqué!"










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