Rencontre avec Marc DEROEUX

Marc Deroeux est marié depuis 15 ans avec Cathy, enseignante. Père de trois enfants, il est pasteur dans la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France et Directeur Général de la Ligue pour la Lecture de la Bible depuis septembre 2000.

 

 

 

Marc, en tant qu'actuel directeur de La Ligue pour la lecture de La Bible en France, tu as visiblement été pas mal bousculé et interpellé suite à la publication du livre de Brian MacLaren sur le thème des églises émergentes dans notre contexte de « post-modernité ». Quelle serait ta réponse quant au choix éditorial de la Ligue de publier ce livre, qui a pour le moins engendré quelques remous ?

Oui, remous il y a eu… pourtant notre démarche ne consistait pas à vouloir « jeter un pavé dans la marre ». Elle n'avait pas non plus comme objectif de promouvoir la «théorie» des églises émergentes, mais de faire réfléchir à partir d'un constat simple soutenu par Brian McLaren : « L'Eglise de Jésus-Christ ne peut être que missionnaire !». La notion d'églises émergentes n'est pas un phénomène nouveau, et il est déjà relativement structuré (voire même reconnu) aux Etats-Unis et en Angleterre. Qu'est-ce qu'une église émergente ? Il est difficile de répondre précisément à cette question. Disons qu'il existe plutôt des églises émergentes. De manière lapidaire nous pouvons dire que c'est une église locale qui a le souci d'offrir à ses membres (et à leurs amis plus ou moins sympathisants ou en recherche) un «espace de vie» qui ne soit pas conditionné par une certaine forme de culture évangélique, souvent devenue inaccessible ou incompréhensible pour beaucoup de nos contemporains. Le but n'est pas de créer une nouvelle forme de spiritualité syncrétiste ou New Age, ni d'affadir l'évangile pour en faire un «message passe-partout», mais bien d'être à l'écoute des évolutions de notre époque pour rester en phase, et proposer des réponses adaptées aux besoins spirituels et aux questionnements de nos concitoyens en ce début de troisième millénaire

A ce niveau de réflexion, mais aussi de mise en pratique, la notion de post-modernité devient relativement secondaire : l'essentiel, c'est oser ouvrir nos églises locales pour les rendre moins hermétiques (ou élitistes)… Sommes-nous encore à l'époque où l'on pouvait dire : «Venez voir mon temple ou mon église, et vous verrez comme c'est merveilleux» ! Non, aujourd'hui, comme nous l'avions déjà initié à l'église baptiste de Lyon lorsque j'en étais le pasteur, nous avons mis en place des services tels que le soutien scolaire, des cours de grec, des activités ludiques et variées pour les jeunes, un accueil pour les plus démunis, mais aussi des week-end de détente ou des rendez-vous sportifs pour les membres de l'église qui avaient soif de rencontres plus amicales, en dehors d'un contexte estampillé «spi» à tout prix !

Ne penses-tu pas que ces églises émergentes confirment un certain essoufflement des mouvements charismatiques, qui ont tenu le haut du pavé pendant pas mal d'années, avec parfois des dérives et des dérapages pas suffisamment bien contrôlés ?

C'est une question intéressante, parce que les mouvements charismatiques ont effectivement surfées sur des effets de mode qui n'ont pas toujours été convaincants sur du long terme. Mais elles ont aussi été pionnières, et elles ont donc pris de l'avance sur les églises plus traditionnelles, en terme de capacité à innover et à créer des ouvertures conviviales et des services concrets à la personne dans de nombreux domaines. En ce sens, on peut dire qu'elles ont ouvert la voie et favorisée l'émergence d'une certaine forme de foi plus décomplexée… On peut le souligner par, exemple dans le domaine de la louange, d'une approche nouvelle de la musique, et de la compréhension que tout ce qui est culturel n'est pas forcément en opposition avec l'évangile. Avec le risque d'utiliser ces « outils d'ouverture » pour en faire des leviers de pression pour stimuler une démarche prosélyte «masquée», mais n éanmoins omniprésente : «faire des convertis» !

Il faut continuer à respecter les rythmes de chacune et de chacun, et ne pas mettre en place des « stratégies » pour accélérer un processus de cheminement spirituel quelconque. Par contre, la création de lieux ouverts, donnant toute sa place à la culture et à l'art sous toutes ses formes, ainsi qu'à diverses formes de services concrets, bien adaptés à la réalité du terrain, du quartier, et du public de proximité de l'église locale, peut amener tout naturellement des personnes à découvrir progressivement des valeurs qui vont leur donner envie d'en savoir plus, et pourquoi pas, de venir voir «c'est quoi au juste vos fameux cultes ?».

La notion de travail en équipe avec les autres églises locales de proximité ne peut qu'enrichir la palette des «options» offertes au futur croyant, qui ne se sentira pas piégé dans un système de pensée dogmatique enfermant…

Interview réalisée par Patrick GHEYSEN pour paraboles.net
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